
Le secteur tunisien du leasing présente un modèle économique relativement résilient, reposant sur des revenus récurrents liés aux loyers financiers et sur une bonne diversification des financements d'actifs (matériel roulant, équipements industriels, matériel agricole, etc.).
Malgré une conjoncture économique encore fragile, le secteur a continué d'afficher une croissance modérée mais régulière de ses agrégats financiers en 2025. Le secteur du leasing reste un fort contributeur au financement des PME tunisiennes.
Le secteur dénombre 8 opérateurs contribuant dans le financement de l'investissement des sociétés non financières et ménages à hauteur de 14,3% en moyenne. En 2025, le secteur a enchainé une cinquième hausse de 6,2% pour s'établir à 2.533,8 MDT.
Le secteur du leasing profite toujours du redressement de certaines activités économiques à l'instar du Tourisme à travers la location de voitures et les services en général. Le ralentissement de la cadence observé en 2025 résulte de la baisse du volume des investissements et le manque de disponibilité du matériel roulant.
Dynamique de la production
En 2025, le secteur a enregistré une cinquième année consécutive de croissance, avec des mises en force atteignant 2.533,8 MDT, soit une progression de 6,2%. Cette hausse reste toutefois inférieure aux rythmes observés au cours des années précédentes : +10,3% en 2024, +14% en 2023, +15,8% en 2022 et +18,9% en 2021.
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Cette décélération reflète principalement le ralentissement des investissements productifs, dans un contexte économique encore contraint, ainsi que les difficultés d'approvisionnement en matériel roulant, segment devenu particulièrement dominant dans l'activité des sociétés de leasing.
Evolution des mises en force du secteur (en millions de dinars)
Malgré ce contexte, certaines activités ont soutenu la demande, notamment le secteur touristique, à travers le financement des flottes de location de voitures, ainsi que les services, qui continuent de constituer un relais de croissance pour le leasing.
Un environnement d'investissement toujours dégradé
Le niveau d'activité du secteur demeure en deçà des attentes des professionnels. La contraction des investissements dans l'économie tunisienne pèse directement sur la demande de financement en leasing.
À cet égard, le ratio de la Formation Brute de Capital Fixe (FBCF) rapportée au PIB devrait s'établir autour de 14,9% en 2025, contre 15,2% en 2024 et 15,7% en 2023 et 16,3% en 2022. Cette baisse traduit un affaiblissement structurel de l'investissement productif, perceptible également dans la composition des mises en force.
En effet, la part du matériel spécifique, indicateur clé de l'investissement industriel, s'est nettement contractée au profit du matériel roulant, qui concentre désormais la majorité de la production du secteur.
Conditions de financement
En 2025, le taux de sortie moyen du secteur s'est établi à 14,98%, en légère baisse par rapport aux niveaux observés en 2024 et 2023. Cette évolution s'explique principalement par la politique monétaire plus accommodante de la BCT, qui a abaissé son taux directeur de 8% à 7,5% en mars 2025.
Une seconde réduction à 7% en décembre 2025 devrait produire ses effets sur les conditions de financement à partir du premier semestre 2026.
Dans ce contexte, les sociétés de leasing ont continué de privilégier la préservation de la rentabilité plutôt qu'une stratégie agressive de conquête de parts de marché. La concurrence sur les taux est ainsi restée limitée, permettant aux opérateurs de maintenir des spreads jugés satisfaisants.
Résultats nets individuels attendus en 2025 (en millions de dinars)
Quelles attentes pour 2026 ?
À court terme, l'évolution du secteur du leasing devrait rester étroitement dépendante de la dynamique de l'investissement en Tunisie. Une reprise durable de la Formation Brute de Capital Fixe (FBCF), accompagnée d'une meilleure visibilité macroéconomique, constituerait le principal levier susceptible de soutenir la croissance de la production du secteur.
Par ailleurs, l'assouplissement progressif de la politique monétaire pourrait favoriser la demande de financement en 2026, à condition que la disponibilité des équipements s'améliore et que l'investissement productif retrouve un rythme plus soutenu.
Un investissement productif encore insuffisant
L'exercice 2026 s'annonce néanmoins exigeant pour les opérateurs du secteur, dans un contexte marqué par des incertitudes persistantes entourant la conjoncture économique et la reprise de l'investissement. L'investissement en matériel spécifique, indicateur clé de l'investissement industriel, demeure en effet nettement inférieur à ses niveaux historiques.
En conséquence, la production du secteur reste largement dominée par le financement du matériel roulant, qui représente actuellement entre 75% et 80% de l'activité totale. Toutefois, ce segment demeure exposé aux tensions d'approvisionnement affectant l'industrie automobile, ce qui pourrait limiter le volume de production du secteur en raison d'un manque d'actifs à financer.
Dans ce contexte, certains opérateurs pourraient être amenés à accroître le financement de matériel d'occasion afin de soutenir leur activité. Selon plusieurs sources sectorielles, le début de l'année 2026 laisse toutefois entrevoir des signaux relativement encourageants, avec une progression de la production par rapport à la même période de 2025, ainsi qu'une amélioration de la dynamique de recouvrement.
Un enjeu structurel : la mobilisation des ressources
La structure de financement demeure l'un des principaux enjeux pour les sociétés de leasing. Contrairement aux banques, ces dernières ne bénéficient pas d'un accès direct aux facilités de refinancement de la BCT, ce qui les contraint à diversifier leurs sources de financement.
Les principaux canaux de financement du secteur restent :
- Le crédit bancaire,
- Les émissions obligataires sur le marché financier,
- Les lignes de financement internationales.
Cependant, ces dernières ont vu leur coût augmenter au cours des dernières années, en raison notamment :
- De la hausse de l'Euribor à 6 mois, exposant certaines sociétés à un risque de taux,
- Du coût élevé des instruments de couverture du risque de change.
Dans ce contexte, certaines sociétés de leasing pourraient tirer parti des nouvelles lignes de refinancement mises en place par des bailleurs de fonds internationaux, dans le cadre du programme d'appui au redressement économique des PME.
Ce dispositif prévoit la mise en place de lignes de crédit à long terme, rétrocédées par le ministère des Finances aux institutions financières participantes, afin de financer les PME éligibles, contribuant ainsi à améliorer la liquidité et la capacité de financement du système.
Un environnement monétaire plus favorable
Parmi les éléments positifs pour le secteur figure la détente progressive de l'environnement monétaire. La décélération de l'inflation a en effet permis à la Banque Centrale de Tunisie d'amorcer un cycle d'assouplissement monétaire, matérialisé par deux baisses du taux directeur en 2025, désormais fixé à 7%.
Cette orientation devrait être globalement favorable aux sociétés de leasing, à travers :
- Une amélioration potentielle des marges financières, grâce à un coût des ressources plus faible ;
- Un soutien progressif à l'investissement des entreprises, stimulé par des conditions de financement plus accommodantes.
Dans ce contexte, la trajectoire du secteur à moyen terme restera largement tributaire du redressement de l'investissement productif et de l'amélioration du climat économique, deux facteurs déterminants pour relancer durablement la demande de financement en leasing.
Valorisation boursière
Sur le marché boursier, les valeurs de leasing restent globalement pénalisées par leur faible liquidité, malgré des niveaux de valorisation jugés attractifs par rapport au secteur bancaire. À titre indicatif, les sociétés du secteur affichent actuellement :
- Un multiple P/BV 2025 estimé à 1,4 x
- Un PER 2025e de 10,2 x
- Un rendement du dividende de 4,6%
Ces niveaux suggèrent un potentiel de revalorisation, sous réserve d'une amélioration de la liquidité des titres et d'une meilleure visibilité sur les perspectives de croissance du secteur.
Publié le 16/03/26 11:57




