À la croisée de la gestion stratégique et du leadership humain, le secteur de la santé privée en Afrique subsaharienne et en Afrique du Nord connaît une mutation profonde. Porté par une vision où la technologie de pointe s'allie à l'excellence des compétences médicales, Monsieur Slim Bouhlel incarne cette nouvelle dynamique d'innovation et de coopération internationale.
Occupant la double fonction de Secrétaire Général de Taoufik Hospitals Group et de Directeur Général Adjoint de la Clinique Internationale Hannibal, Slim Bouhlel conjugue une approche globale du pilotage d'établissement de santé avec une immersion quotidienne sur le terrain.
Fort d'un parcours riche et d'une fine connaissance des écosystèmes de santé africains, il revient dans cet entretien sur les fondements de sa gouvernance : placer le patient au centre de toutes les attentions, valoriser le rôle central du corps médical et bâtir une véritable Diplomatie Sanitaire régionale fondée sur le partenariat durable et le partage de compétences.
Des défis de la digitalisation et de l'IA jusqu'aux leviers d'attractivité pour la patientèle internationale, découvrez la vision d'un dirigeant engagé à faire de la Tunisie un hub médical d'excellence à l'échelle du continent.
Qu'est-ce qui a guidé vos choix stratégiques tout au long de votre carrière pour en arriver aujourd'hui à vos responsabilités au sein de Taoufik Hospitals Group et à la Clinique Hannibal ?
Mon parcours a toujours été guidé par une conviction simple : la performance d'un établissement de santé doit être au service du patient.
Au fil de mes années d'expérience, j'ai appris que diriger une structure de santé ne consiste pas uniquement à gérer des ressources humaines, financières ou techniques. Il faut surtout savoir construire une vision, fédérer les équipes, valoriser les compétences et anticiper les évolutions du secteur.
Et au cœur de cette dynamique, il y a bien évidemment nos médecins. La qualité d'un établissement de santé repose avant tout sur la compétence, l'expertise et l'engagement de ses équipes médicales. Notre rôle, en tant que management, est de créer les conditions qui leur permettent d'exercer leur métier dans les meilleures conditions et de proposer aux patients une médecine de haut niveau.
Mes choix professionnels ont donc été guidés par trois principes : l'excellence, l'innovation et l'humain.
C'est pourquoi, j'exerce aujourd'hui une double responsabilité au sein de Taoufik Hospitals Group : Secrétaire Général du Groupe et manager à la Clinique Hannibal. Cette double fonction me permet d'avoir à la fois une vision stratégique globale et une proximité quotidienne avec le terrain, les équipes, les médecins et les patients.
Quelles sont les grandes mutations que vous observez actuellement dans le secteur de la santé privée en Tunisie et dans la région ?
Le secteur connaît une transformation profonde. Le patient est aujourd'hui beaucoup plus informé, plus exigeant et plus mobile. Il compare les établissements, les médecins, les technologies et surtout la qualité de l'expérience qui lui est proposée.
Nous assistons également à une accélération de la digitalisation, de l'intelligence artificielle, de la médecine personnalisée et de la télémédecine. Mais parallèlement à cette évolution technologique, je pense que nous devons préserver ce qui constitue l'essence même de la santé : la relation humaine, l'écoute et la confiance.
Et cette relation repose en grande partie sur la qualité de nos médecins. La technologie, aussi performante soit-elle, ne remplace ni l'expertise médicale, ni le jugement clinique, ni la relation entre le médecin et son patient.
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Pour la Tunisie, le principal enjeu est de consolider son positionnement comme plateforme médicale régionale, notamment pour les patients africains, en nous appuyant sur un corps médical compétent, reconnu et capable de prendre en charge des pathologies complexes, tout en renforçant la qualité, la sécurité des soins et la compétitivité de nos établissements.
Dans ce contexte, mon ambition est de contribuer à faire de nos établissements des références en matière de qualité médicale, d'excellence des soins, d'expérience patient et d'ouverture internationale.
Quels ont été les principaux défis opérationnels et culturels liés à la gestion d'établissements de santé en Afrique ?
Mon expérience africaine m'a surtout appris l'importance de l'adaptation au contexte local. Les modèles qu'on importe d'Europe ou même d'Afrique du Nord ne fonctionnent pas tel quel. Les défis sont multiples et interconnectés : disponibilité des compétences, accès aux technologies, organisation des parcours de soins, différences culturelles et parfois complexité logistique.
On doit adapter, inventer, trouver des solutions hybrides. C'est intellectuellement exigeant, mais aussi très enrichissant. Mais j'ai surtout retenu une chose : il ne faut jamais considérer l'Afrique comme un marché unique.
Chaque pays possède ses réalités, ses attentes et ses spécificités. Cette expérience m'a également appris l'importance de la proximité, de la confiance et du respect des cultures. Ce qui fonctionne au Sénégal ne fonctionne pas mécaniquement en Côte d'Ivoire ou au Congo. Il faut prendre le temps de comprendre chaque environnement.
Quelles leçons appliquez-vous aujourd'hui dans la gouvernance de Taoufik Hospitals Group, notamment en matière de diplomatie sanitaire et d'attractivité pour les patients subsahariens ?
La première leçon est que la confiance se construit dans la durée. L'attractivité médicale ne repose pas uniquement sur la qualité du plateau technique. Elle repose également sur la compétence de nos médecins, l'accueil, l'accompagnement du patient, la disponibilité des équipes, la transparence et la capacité à assurer une continuité de prise en charge.
Pour un patient venant de l'étranger, choisir un établissement signifie avant tout avoir confiance dans les médecins qui vont le prendre en charge. Notre expérience avec les patients subsahariens nous a également montré que la diplomatie sanitaire est un véritable levier de coopération entre les pays.
Il faut développer des relations institutionnelles, médicales et humaines durables. La Tunisie a un véritable rôle à jouer comme hub médical régional, et Taoufik Hospitals Group, avec la compétence de ses équipes médicales, doit contribuer pleinement à cette ambition.
Comment voyez-vous le développement du transfert de compétences et de technologies médicales entre la Tunisie et l'Afrique subsaharienne ?
Je le vois comme une relation gagnant-gagnant. La Tunisie dispose d'une expertise médicale importante, de médecins compétents et de professionnels qualifiés, ainsi que d'une expérience reconnue dans plusieurs spécialités. Mais l'objectif ne doit pas être uniquement d'accueillir des patients africains en Tunisie.
Nous devons également contribuer au développement des compétences localement : formation des professionnels, échanges d'expertise, missions médicales, télé-expertise et accompagnement dans la mise en place de nouvelles technologies.
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Au sein de Taoufik Hospitals Group, nous réfléchissons à cela. Certains de nos projets incluent d'emblée une dimension de formation et de transfert. Ce n'est pas de la charité, c'est de l'investissement dans une région dont nous voulons être un partenaire crédible sur la durée. Et nos médecins jouent dans ce cadre un rôle essentiel. Leur expertise peut être partagée à travers la formation, les missions médicales, les caravanes sanitaires et les échanges avec leurs confrères africains.
À terme, il faut passer d'une logique de prise en charge à une logique de partenariat médical durable et de partage des compétences.
Quels sont vos piliers prioritaires pour consolider l'excellence des soins et l'expérience patient au sein de Taoufik Hospitals Group ?
Je retiendrais cinq piliers. Premièrement, la qualité et la sécurité des soins. Elles doivent rester notre priorité absolue. Deuxièmement, les compétences humaines. Un établissement performant est avant tout un établissement qui investit dans ses collaborateurs, mais également dans son corps médical, qui constitue le cœur de notre activité.
Troisièmement, l'innovation et le plateau technique, car la médecine évolue très rapidement. Mais un plateau technique performant n'a de valeur que s'il est mis au service de médecins compétents capables d'en exploiter pleinement le potentiel.
Quatrièmement, l'expérience patient. Le patient doit être considéré dans sa globalité, depuis son premier contact avec l'établissement jusqu'à son suivi après sa prise en charge. La qualité de cette expérience repose notamment sur la relation de confiance qu'il établit avec son médecin et avec l'ensemble de l'équipe soignante.
Enfin, la gouvernance et la performance. Nous devons être capables de mesurer nos résultats, d'identifier nos insuffisances et de nous améliorer continuellement.
Entre intelligence artificielle, modernisation des plateaux techniques et digitalisation du parcours de soin, quels sont les chantiers d'innovation majeurs sous votre mandat ?
L'innovation doit être avant tout utile au patient et aux professionnels de santé. La digitalisation doit permettre de fluidifier le parcours, améliorer l'accès à l'information et renforcer la coordination entre les différents intervenants.
L'intelligence artificielle ouvre également des perspectives considérables, notamment dans l'aide au diagnostic, l'analyse des données médicales, la radiologie, l'oncologie et la médecine personnalisée.
Mais je reste convaincu que la technologie doit rester un outil au service de l'expertise médicale. Nous devons donner à nos médecins les moyens de bénéficier de ces nouvelles technologies afin d'améliorer encore la précision du diagnostic, la pertinence des traitements et la sécurité des patients.
L'intelligence artificielle ne remplacera jamais le médecin ni la relation humaine. Elle doit permettre à nos médecins d'aller encore plus loin dans l'excellence des soins.
Quel conseil donneriez-vous aux jeunes dirigeants qui souhaitent bâtir une carrière à fort impact dans le management de la santé en Afrique ?
Je leur dirais d'abord de rester proches du terrain. Le management de la santé ne peut pas se faire uniquement derrière un bureau. Il faut comprendre les réalités des patients, des médecins, des infirmiers et de tous les professionnels qui font fonctionner un établissement.
Je leur conseillerais également de cultiver trois qualités : l'humilité, la capacité d'écoute et la capacité à décider. Il faut accepter de se remettre constamment en question, apprendre de ses erreurs et surtout savoir s'entourer de femmes et d'hommes compétents, engagés et passionnés par leur métier.
Enfin, je leur dirais de ne jamais perdre de vue la raison d'être de notre métier : derrière chaque dossier, chaque chiffre et chaque indicateur, il y a un patient et une vie humaine.
Propos recueillis par Omar EL Oudi
Publié le 31/08/26 08:35




