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Tunisie : Le secteur bancaire défie la conjoncture économique

Par La rédaction, le 07/08/2017
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tunis bourse

L’année 2016 restera sans aucun doute dans les annales au vu de la croissance des bénéfices sociaux et consolidés des banques de la place de Tunis. Le Résultat Net Part du Groupe (RNPG) cumulé des banques cotées à la Bourse de Tunis s’est envolé de 36,9% atteignant 900 millions de dinars. En 2017, la croissance sera aussi au rendez-vous, mais probablement avec un rythme moins élevé. Les 900 millions de dinars seront surpassés.

Dopé jusque-là par les revenus de commissions et des gains sur portefeuille titres, le RNPG des banques cotées va encore chercher des paliers plus hauts en 2017 grâce à la reprise de la croissance économique conjuguée au relèvement du taux directeur de la BCT en deux reprises courant 2017. La Marge d’Intermédiation Financière (MIF) prendra le relais en tant que vecteur de croissance des bénéfices en 2017.

Environnement bancaire

Les banques cotées sur la place de Tunis ont évolué dans un contexte assez particulier marqué par une faible croissance économique durant deux années de suite (1% en 2016 et 1,1% en 2015), une baisse continue des recettes touristiques de 3,8% en 2016 relayant une chute de 33,4% en 2015 et une accumulation du stock de l’immobilier.

Mais les banques s’en sont finalement bien sorties. Les crédits à l’économie se sont inscrits sur une pente haussière en 2016 avec une évolution, en glissement annuel, de 9,6% contre 6,2% une année auparavant, profitant des crédits accordés aux particuliers, des crédits de court terme aux professionnels et enfin des crédits moyen terme accordés au secteur des services liés au financement bancaire de l’acquisition de la licence 4G par les opérateurs téléphoniques.

Les crédits nets accordés par les onze banques cotées (hors Wifak Bank) ont augmenté de 8,6%. Parallèlement, et après une année 2015 difficile en termes de collecte des ressources, le système bancaire a enregistré une progression des dépôts de 7,6% contre 4,3% en 2015. Cette performance porte la marque d’une collecte plus rationnelle. Les dépôts à vue et les comptes spéciaux d’épargne, considérés comme les ressources les moins onéreuses, ont augmenté respectivement de 9% et 10,8%.

Les banques arrivent ainsi à dégager une croissance positive de la marge sur intérêts, principale composante des revenus des établissements de crédits. Les banques cotées affichent une évolution de 3,7% de la marge sur intérêts. Une croissance, il faut le dire, tirée par l’amélioration de la contribution des marges de la Banque de Tunisie, Attijari bank, STB et BTE.

Produit Net Bancaire des banque cotées en hausse de 377,5 millions de dinars en 2016 (+13,3%)

Des facteurs conjoncturels derrière l’embellie du PNB des banques

Mais les banques ont dégagé sur l’année 2016, une croissance de leur PNB beaucoup plus élevée que celle de la marge sur intérêts. Une performance qui s’explique par le bon comportement des deux autres composantes de leurs revenus : la marge sur commissions et le résultat des opérations de marché.

Marge sur commissions : +23% 

Revenus des opérations de marché : +24,1%

Dans un contexte marqué par un spread de taux de plus de 200 points de base entre les taux de rémunération des Bons du Trésor Assimilables (BTA) de maturité 5 ans et les taux monétaires, les banques ont poursuivi le renforcement de leur portefeuille titres commercial et investissement dont la taille s’est accrue en 2016 de 1,650 milliard de dinars, soit 15,8% placé principalement en Bons du Trésor.

Le cercle vertueux des bons du Trésor

Les pressions accrues sur le financement du budget de l’État d’un côté et le gap entre le taux de refinancement des banques auprès de la BCT par rapport aux taux offerts par le Trésor, ont poussé les banques à réorienter en priorité leurs ressources vers l’acquisition de bons du trésor, support d’excellence présenté à la BCT pour adosser leurs refinancements auprès de l’institut d’émission.

La ruée aux investissements en BTA a dopé les gains sur portefeuille titres commercial et investissement ainsi que des opérations financières (gain de change) de 24,2% à 863,9 millions de dinars. Cette composante représente ainsi 26,7% du PNB agrégé des banques cotées contre 24,4% en 2015.

Sur un encours total de la dette de l’État de 12,494 milliards de dinars à fin décembre 2016 sous forme de bons du Trésor et d’emprunt national, le système financier résident détient 8,7 milliards de dinars, soit 70% de l’encours des valeurs mobilières émises par l’Etat en monnaie locale.

Les revenus de commissions : Un facteur volume combiné à un effet prix favorable

Source prépondérante de revenus pour les banques, les commissions bancaires facturées par les banques cotées ont atteint en 2016 plus de 835 millions de dinars, dégageant une croissance de 23% par rapport à l’exercice 2015 et représentant 25,9% du PNB consolidé des banques cotées, contre 24,4% en 2016.

En plus d’un effet volume, les banques tirent leur épingle du jeu en ce qui concerne l’inflation. L'Indice des Prix des Services Bancaires (IPSB) continue à croître à un rythme de plus en plus accéléré. D’une année à l’autre, l’IPSB s’est accru de 6% en 2011, de 1,9% en 2012, de 5,8% en 2013, de 5,6% en 2014, de 8,6% en 2015 et de 9,4% en 2016.

Là aussi, les banques profitent de leur position dominante face à des agents économiques à court de liquidités et fortement endettés, leur ôtant tout pouvoir de négociation.

En conséquence de la montée en force des produits de commissions et revenus de portefeuille titres, le poids de la MIF dans le PNB est passé de 51,7% en 2015 à 47,3% en 2016.

Les banques ont dégagé 900 millions de dinars de RNPG en 2016 (+36,9%)

S’appuyant sur une croissance du PNB agrégé de 13,3%, provenant essentiellement des produits de commissions et des revenus de portefeuille titre faiblement dispendieuses en coût du risque, l’exercice 2016 a été juteux pour les banques cotées où la majorité a fini avec des taux de croissance de leur RNPG à deux chiffres.

Des facteurs fondamentaux à l’origine de l’accélération de la croissance des bénéfices

En plus des facteurs conjoncturels ayant contribué favorablement à la croissance du PNB, des facteurs fondamentaux ont beaucoup aidé à la réalisation de telles performances, notamment, l’assainissement intense opéré en 2013 en application de la circulaire 2013-21, le renforcement de l’arsenal réglementaire, et la recapitalisation des banques publiques en 2015 ainsi que celle de l’UIB en 2014.

Une des implications de ces facteurs fondamentaux est l’amélioration du coût du risque qui s’allège de 4,7% à 508 millions de dinars, contre 582 millions en 2015. Une conséquence directe de l’effort de provisionnement fourni sur les derniers exercices.

In fine, le Résultat Net Part du Groupe agrégé des banques cotées se fixe à un niveau historique de 900,9 millions de dinars en croissance de 36,9% par rapport à l’exercice 2015.

Pour autant l’année 2016 a enregistré le paiement par les banques d’une charge additionnelle de 7,5% sur leurs bénéfices au titre de la contribution conjoncturelle au profit du budget de l’État.



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