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Marouane El Abassi, Gouverneur de la BCT : « Je suis optimiste mais pas naïf »

ISIN : TN0009050014 - Ticker : PX1
La bourse de Tunis ferme dans 2h9min

Marouane El Abassi, Gouverneur de la banque Centrale de Tunisie (BCT), a donné ce jeudi 08 mars 2018 sa première conférence de presse depuis son accession à la tête de l'institut d'émission. Une rencontre médiatique très attendue par la presse nationale, mais aussi au-delà, puisqu'elle se tient dans un contexte économique difficile.

Devant un parterre de journalistes tunisiens et étrangers, M. Abassi a tenu à être claire en déclarant de prime abord que le rôle principal de la Banque centrale est de préserver la stabilité des prix. "Avec le caractère persistant de l'inflation, nous devons agir en conséquence pour essayer de ramener, à moyen terme, le taux d'inflation vers un niveau bien ciblé".

D’autant plus que le marché s’attendait à un ajustement des taux, étant donné que le TMM du mois de février est ressorti à 5,61%, après l’élargissement du corridor de +/- 100 points de base décidé fin décembre 2017 par son prédécesseur, la réaction immédiate de M. El Abassi n'a pas tardé. "Le changement de palier observé est une source constante de préoccupation pour la Banque centrale qui demeure prête à agir sur les anticipations inflationnistes, notamment, à travers ses instruments de politique monétaire, notamment le taux d’intérêt. D'où la décision de relever le taux directeur de 75 points de base".

Le Gouverneur souligne au passage que des experts étrangers lui recommandaient une augmentation de 100 points de base du taux directeur au lieu de 75 points. Néanmoins, l'option d'atteindre ce niveau en cumulé dans l'avenir s'avère probable. "Si les perspectives deviennent moins favorables, ou si les conditions deviennent incompatibles avec de nouveaux progrès vers un ajustement durable de la trajectoire d'inflation, nous sommes prêts à augmenter encore une fois le taux directeur", a-t-il déclaré.

Dans ce sens, M. El Abassi a fait passer un message aux autorités et aux ministères. "On ne peut plus continuer à financer notre déficit commercial et à afficher un déficit courant de plus de 10% de notre PIB. Il faut rationaliser les importations et booster les exportations. Les méthodes de traitement entre les ministères concernés et la BCT doivent changer. Il faut instaurer une nouvelle culture économique", a-t-il appelé. 

Optimisme affiché

Certes, la décision de relever le taux directeur permet d'agir sur les anticipations inflationnistes, mais elle doit être accompagnée d'une série de mesures au profit de l'investissement. "L'inflation a des conséquences néfastes sur les ménages, sur les entreprises et sur les échanges extérieurs du pays. Elle est à l'origine de tous les problèmes de notre économie. A cet égard, outre les instruments de politique monétaire, il faut annoncer d'autres mesures au profit aussi bien des opérateurs économiques de nature à encourager l'investissement que des ménages pour préserver leur pouvoir d'achat", a-t-il expliqué.

En termes d’efficacité de la politique monétaire, le Gouverneur de la BCT s’attend à ce que l’inflation connaisse une réelle détente vers la fin de 2018, traduisant l’effet des deux hausses du taux directeurs décidées en avril et mai 2017, et totalisant 75 points de base. "On s'attend à un taux d'inflation moyen de 7,2% sur toute l'année 2018", estime M. El Abassi

Quant aux effets de ce nouvel ajustement du taux directeur, décidé le 5 mars 2018, ils sont attendus vers le dernier trimestre 2019 compte tenu des délais de transmission des impulsions de la politique monétaire qui varient entre 6 et 8 trimestres. "Oui je suis optimiste, mais je ne suis pas un optimiste naïf", précise-t-il.

La Tunisie maintient sa sortie sur le marché financier international

L'institut d'émission a annoncé le 02 février dernier qu'elle s’apprête à émettre, au nom et pour le compte de l’Etat tunisien, un emprunt obligataire sur le marché financier international pour lever un milliard de dollars, dans le cadre de la mobilisation des ressources extérieures au profit du budget de l’Etat.

En revanche, et suite, d'une part, à l'inclusion de la Tunisie dans la liste noire de l’Union Européenne (UE) des pays tiers susceptibles d’être fortement exposés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme, et d'autre part, de la démission du Gouverneur de la Banque Centrale, M. Chedly Ayari, les experts et analystes financiers de la place ont plaidé pour que l'Etat renonce à cette  sortie.

Toutefois, dans une réponse claire, la BCT confirme la sortie de la Tunisie sur le marché financier international. "L'opération est prévue pour la fin du mois de mars", annonce le Gouverneur qui ajoutera que les conditions sont bel et bien propices pour cette sortie qui demeure plus que nécessaire pour mobiliser des ressources au profit du budget de l'Etat mais aussi pour renflouer notre stock des réserves en devises.

Le décaissement de la 3ème tranche du prêt du FMI

Au sujet de la troisième tranche du prêt accordé à la Tunisie par le Fonds Monétaire International (FMI), le Gouverneur a annoncé que le décaissement de ladite tranche sera soumis à l'approbation du conseil d'administration du FMI le 23 mars 2018.

Ce décaissement tant attendu, devrait alléger les pressions sur le stock des réserves en devises qui ne couvre actuellement que 77 jours d'importation, soit l'équivalent de 11,1 milliards de dinars.

Omar El Oudi

Publié le 08/03/18 14:54

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