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Marché financier, OPCVM et Leasing : Les symptômes de la crise

Dans un contexte marqué par la hausse continue des taux monétaires, les symptômes de difficultés, si ce n'est la crise, se manifestent de plus en plus. Les OPCVM (par effet d'éviction exercé par les banques), les sociétés de leasing (pression sur la marge d'intérêt corolaire à la hausse des coûts des ressources face à un taux de sortie plafonné au Taux Excessif Global) et la bourse (baisse des volumes échangés résultant d'un engouement décroissant des investisseurs, avec tout le risque que cela représente pour le marché financier primaire), vivent aujourd'hui une crise qui peut menacer leur pérennité.

Marché financier : Contraction des volumes des transactions en Bourse

La contraction du volume moyen des échanges sur titre de capital s'est confirmée au second trimestre de l'année en cours (5 millions de dinars par jour en moyenne), portant la marque d'un désengouement de plus en plus prononcé des investisseurs sur le marché. La contraction des volumes des transactions et corollairement, la dégradation de la liquidité, menace le rôle du marché financier dans sa composante primaire. En effet, la fonction de la bourse (marché secondaire) est d'assurer une évaluation permanente des actifs financiers, la mobilité du capital et surtout la liquidité des actifs financiers.

Sans un marché secondaire liquide, les investisseurs hésiteront mille fois avant de souscrire dans une nouvelle émission de papier sur le marché financier primaire, ce qui se traduirait par une mise en cause du rôle du marché financier primaire dans le financement de l'économie, d'où par conséquent l'importance d'une bourse liquide et développée.

Si le développement et l'amélioration de la plateforme de cotation sont du ressort de la BVMT, le triple objectif poursuivi par toute place boursière, à savoir, transparence, sécurité et équité des échanges font parties des missions des organes du marché (BVMT, Tunisie Clearing, CMF et intermédiaires en bourses). L'attraction des investisseurs, la liquidité et la dynamique d'un marché boursier sont plus attribués à des facteurs macroéconomiques, règlementaires, fiscaux et d'une manière générale au climat des affaires, qui sont du ressort des autorités gouvernementales.

Les professionnels du marché s'inquiètent du devenir du secteur, en particulier le métier de l'intermédiation en bourse, mais aussi du rôle du marché financier dans sa globalité.

La profession propose d'encourager les investisseurs institutionnels à placer en bourse, notamment les sociétés d'assurance. La règlementation actuelle n'impose pas aux sociétés d'assurances un minimum de placement en bourse, mais elle impose uniquement un plafond.

Conformément à l'arrêté du Ministre des Finances du 27 février 2001, fixant la liste, le mode de calcul des provisions techniques et les conditions de leur représentation, les actifs admis en représentation des provisions techniques des compagnies d'assurances peuvent intégrer les actions des sociétés cotées à la bourse.

Toutefois, le placement dans des actions d'une même société ne doit pas excéder 10% du montant total des provisions techniques et 30% du capital social de la société émettrice des actions. La réglementation impose un second niveau de plafonnement. En effet, l'entreprise d'assurance ne peut placer plus de 50% du montant total des provisions techniques en actions cotées, tous émetteurs confondus.

Les sociétés d'assurances sont par excellence des investisseurs de long terme. Historiquement, la probabilité d'investir dans le TUNINDEX et de perdre au bout de 5 ans est de 5,9%. Seuls les investisseurs ayant investi en 2010, ont dégagé un rendement négatif au bout de 5 ans.

L'encouragement de l'investissement en bourse passe également par le rehaussement du plafond du montant déductible au titre des comptes CEA (Comptes Epargne en Actions) à 100 milles dinars ou plus, mais surtout à l'élargissement de cet avantage fiscal aux personnes morales avec un plafond de déduction fixe (ex un million de dinars) ou ad-valorem (ex 10% chiffre d'affaires). Le législateur peut subordonner cet avantage uniquement aux acquisitions réalisées sur le marché alternatif, ce qui pourra constituer une aubaine pour ce marché.

Poursuite de la baisse des actifs sous gestion des OPCVM

Au second trimestre, les actifs nets sous gestion des OPCVM obligataires ont légèrement baissé (en glissement trimestriel) de 1,9 millions de dinars (-0,1%) relayant une contraction de 24,8 millions de dinars au T1-2019 (-0,7%) et -337,5 millions de dinars au T4-2018 (-9 ,1%). L'encours des actifs des OPCVM obligataires s'élève à 3,326 milliards de dinars au 30 juin 2019.

Comparés à leur niveau de fin 2012, les encours ont ainsi fondu de 1 milliard de dinars. Pour ce qui est des OPCVM mixtes et actions, l'encours s'est apprécié de 15,7 millions de dinars (+2,8%), après un affaissement de 45,5 millions de dinars au T1-2019 (-7,6%) et -78,7 millions de dinars au T4-2018 (-11,6%).

Au total, l'encours des actifs gérés des OPCVM s'est légèrement stabilisé au second trimestre (+13,8 millions de dinars soit +0,4%) comparé au trimestre précédent, mais demeure en deçà de son niveau de fin 2018 de 56,5 millions de dinars (-1,4%).

L'encours total accoste à 3,9 milliards de dinars contre 4,9 milliards de dinars fin 2012. Les OPCVM sont un acteur majeur au sein d'un marché financier, au vu de leur double rôle de collecte de l'épargne d'un côté et de pourvoyeurs de liquidité. Le redressement des taux d'intérêt et le lancement des OPCVM monétaires sont plus que jamais impératifs et pressants.

Affaissement des bénéfices des sociétés de leasing en 2018

Le secteur de leasing est composé aujourd'hui de huit sociétés de leasing. Seule AIL n'est pas coté à la bourse de Tunis.

Les sociétés de Leasing ont enregistré durant l'année 2018 une baisse de leurs Produits Nets de Leasing (PNL1). En effet, et après une série haussière notamment de 20,9% en 2016 et de 18,3% en 2017, le PNL cumulé des huit (8) sociétés de leasing de la place a dévissé de 2,7% comparé à l'exercice 2017 et de 14,7% comparé à 2016.

En aval du PNL, et face au fardeau de l'alourdissement des charges opératoires et du coût du risque, la masse bénéficiaire du secteur s'est écroulée en 2018 de 19,5% après une croissance de 18,5% un an plutôt. Ce bilan s'est confirmé avec les indicateurs d'activités au premier trimestre 2018. Le PNL cumulé du secteur (Hors AIL) a dévissé au 1er trimestre 2019 de 12%.

La contraction du PNL (Produits Nets de Leasing) s'explique par le fait que la hausse des taux est transmise directement dans le coût des nouvelles ressources collectées, alors que les taux facturés à la clientèle sur les nouvelles mises en forces restent plafonnés durant tout un semestre au seuil du taux d'intérêt excessif. La répercussion ne se fait qu'après un temps de latence de 6 mois.

Les variations successives des taux provoquent une volatilité du PNL. De surcroît, le modèle de calcul du seuil du taux d'intérêt excessif (STE) est inapproprié puisqu'il est calculé à partir de la moyenne arithmétique simple des taux d'intérêts effectifs globaux observés durant le semestre précédent. Adopter une moyenne arithmétique simple, risque de biaiser la détermination du taux moyen. Par exemple, une banque peut exercer des opérations de leasing de très faible montant avec des taux inférieurs à ceux pratiqués par les autres sociétés de leasing et ainsi tirer vers le bas le taux moyen.

Le défi majeur aujourd'hui du secteur, indépendamment de son coût, est l'accès aux ressources et à la liquidité dans un contexte où le secteur connait une forte pression sur sa trésorerie. La liquidité de fin d'exercice telle qu'elle ressort de l'état de flux de trésorerie est déficitaire avec tout de même de grande disparité d'une compagnie à l'autre.

Il est crucial, que les autorités étudient l'alternative, soit de donner la possibilité aux sociétés de leasing de se refinancer auprès de la Banque Centrale de Tunisie, soit admettre les crédits des banques accordés aux sociétés de leasing en tant que papier finançable. Sur les 83 milliards de dinars de concours des banques à l'économie, 19,4% provient des emprunts des banques auprès de la BCT. Les concours à l'économie du secteur de leasing s'élèvent à seulement 4,7 milliards de dinars.

Accorder la possibilité de se refinancer directement auprès de la BCT au même titre que les banques apporteraient une bouffé d'oxygène non seulement au secteur de leasing mais à toute une série de branches d'activités connexes.

Moez Hadidane

Publié le 12/07/2019 10:36:14

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