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Le think tank Solidar Tunisie décortique le schéma de croissance adopté par le budget de l'Etat

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Le think tank SOLIDAR Tunisie, lancée en 2015 par une équipe polyvalente de syndicalistes, universitaires, économistes et chefs d'entreprises, a publié une analyse du budget de l'Etat pour l'exercice 2017 et dans laquelle des spécialistes en la matière ont commenté le schéma de croissance adopté aux hypothèses qui le fondent. Analyse.

Le schéma de croissance adopté par le budget de l'Etat 2017, qui représente une déclinaison annuelle du plan 2016-2020, prévoit une croissance du PIB de 2,5% contre 1,5%  estimée pour 2016. Ces taux sont, toutefois, en deçà de ceux prévus par le plan (respectivement 3% et 2%). Les projections de 2017 prévoient un point de croissance de plus par rapport aux estimations anticipées pour 2016. A ce titre, le budget économique semble effectuer une prévision prudente, estiment les auteurs de l'analyse.

La contribution des secteurs à la croissance du PIB

L’analyse de la contribution des secteurs à la croissance montre que, contrairement à ce que l’on a observé en 2016, la croissance projetée en 2017 sera réalisée quasi exclusivement par le secteur productif. L’administration ne comptera que pour 0,1 point de pourcentage de croissance. "Ceci dénote une évolution favorable de l’économie qui commence à corriger le dérapage qu’elle a connu après 2010, le secteur public ayant cru jusqu’en 2016, de façon démesurée".

Les gains de croissance projetés en 2017 seront réalisés principalement par l’agriculture dont la contribution passe de -0,4 en 2016 à +0,4 en 2017 et les industries non manufacturières dont la contribution à la croissance passe de -0,2 à  +0,3 en 2017. Ces deux secteurs restent tributaires de facteurs exogènes. "Le schéma de croissance prévu est de ce fait  fragile", expliquent les analystes de SOLIDAR.

Selon eux, le budget analyse la croissance des diverses composantes de la demande globale mais n’évalue pas leur contribution à la croissance pourtant celle-ci est riche d’enseignements.

A cet égard, la décomposition de la croissance selon une optique de demande montre que la contribution de la consommation publique passera de 0,6% en 2016 à 0,3% en 2017, par contre celle de la consommation privée augmentera de 2,5% à 2,7%. La consommation totale a ainsi une contribution positive, importante et quasi constante (3,1% en 2016 et 3% en 2017).

De même, les exportations joueront un rôle majeur. Leur contribution à la croissance passe de -0,4% en 2016 à 1,3% en 2017. Par contre, les importations en croissant plus vite, auront une contribution négative de -1,4% en 2017 contre -0,2% en 2016.

Un déséquilibre entre la croissance de l'offre et celle de la demande

L’ensemble de ces composantes donnent lieu à une augmentation de la demande globale de 3,1% en 2016 et de 4% en 2017, tandis que l’offre globale (le PIB) croit de 1,5% en 2016 et de 2,5% en 2017.

Ce déséquilibre entre la croissance de l’offre globale et de la demande globale est résorbé par une réduction des stocks de -1,6% en 2016 et de -1,5% en 2017. On observe donc un ajustement par les quantités. 

"Le schéma de croissance montre qu’en 2016 et 2017, les Tunisiens sont davantage des consommateurs que des producteurs. Leur consommation privée augmente beaucoup plus vite que le PIB", indique le rapport du think tank.

En 2016, la consommation privée a augmenté de 3,6% pour une augmentation du PIB de 1,5%. Les taux projetés pour 2017 sont respectivement de 3,8% et 2,5%. "Ne produisant pas assez,  les Tunisiens consomment les stocks accumulés auparavant".

En n’analysant pas cet aspect, le budget ne tire pas la sonnette d’alarme qui s’impose et ne met pas suffisamment l’accent sur la nécessité de mettre en œuvre une politique de l’offre à même de réduire la rigidité au niveau des institutions et de l’appareil productif, d’inciter à la production et d’appeler les Tunisiens au travail productif, estiment les analystes.

A ce titre, on peut questionner sur, par exemple, l’impact de l’augmentation de la pression fiscale (que subiraient les entreprises en 2017) sur la production. "On est dans un cercle vicieux où la faiblesse de la croissance impacte négativement les recettes de l’Etat qui, en manque de ressources, taxe davantage les entreprises. Ceci, dissuade la production et freine davantage la croissance au risque de creuser davantage les déficits publics", s'alarme le rapport.

Les finances publiques

Le budget 2017 ne comporte aucune analyse des finances de l’Etat ni dans leur globalité ni en rapport avec la situation financière des entreprises et offices de l’Etat, des finances locales, et des trois caisses sociales (CNSS, CNRPS et CNAM).

De même, le budget 2017 n’évoque que sommairement la question de la dette publique. Seuls les nouveaux crédits à contracter et les échéances à honorer en termes de remboursement de la dette en capital sont précisés.

L’inflation

Le budget économique prévoit de limiter l’inflation dans les limites de 3,6% (le taux anticipé pour 2016) alors qu'aucune analyse n’est présentée sur l’évolution des prix administrés et des prix libres. L’inflation sous-jacente, mesurée par la variation de l’indice des prix « hors produits frais et produits à prix administrés » n’est pas non plus appréhendée.

L’emploi

S’agissant des créations d’emplois, le budget prévoit la création de 58.000 emplois en 2017 outre les 15.000 emplois créés dans le cadre de la politique active de l’emploi et des programmes spéciaux. Cependant, le budget ne fournit pas d’indications sur la contribution des secteurs à la création d’emplois ni d’éléments spécifiques sur l’évolution de la productivité.

La prévision des 73.000 emplois se base sur une sensible accélération du rythme des créations d’emplois que l’on a observé entre 2011-2015. Or, cette période a été marquée par une forte participation du secteur public aux créations d’emploi et durant laquelle le rythme des créations d’emploi a été beaucoup plus élevé que celui que connaissait l’économie auparavant.

De même, poursuit l'analyse, le budget suppose un accroissement de l’emploi total de l’ordre de 2,1%. Pour un taux de croissance de 2,5%, la productivité du travail augmenterait de 0,4% seulement. "Ceci semble insuffisant vu l’effort d’investissement à réaliser", conclut le rapport. 

Publié le 24/11/16 12:54

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