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Le couscous Index : Un outil informel pour mesurer le pouvoir d’achat

Par Salah Ayari, le 17/05/2017
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Salah Ayari

Ces dernières années, les économies des pays du Maghreb ont été fortement impactées par différents événements notamment suite aux conséquences de la révolution en Tunisie et en Libye. L’économie de l’Algérie, quant à elle, n’a pas été épargnée suite à la baisse des cours de pétrole.

De même, la Mauritanie a subi le même sort suite à la chute des cours des minerais et la contraction des exportations. Quant au Maroc, son économie a été touchée mais à moindre degré. Les conséquences néfastes sur toutes ces économies ont été traduites pour le consommateur sous forme d’inflation et de perte du pouvoir d’achat.

Un des outils non conventionnels pour mesurer le pouvoir d’achat est le "Big Mac index". Il permet de comparer le pouvoir d'achat de différents pays en se basant sur le prix du Big Mac, vu sa composition identique.

Cependant, le "Big Mac Index" n'est pas adapté à la région du Maghreb, car d’une part, les ''burgers'' ne sont pas les plats les plus consommés. D’autre part, c’est un plat relativement cher et qui ne rentre pas dans le panier de produits et services habituels qu'un consommateur représentatif pourrait acheter, sans oublier les "royalties" à payer et qui se répercutent notamment sur le prix du ''burger''.

Le ''couscous'' étant le plat emblématique de la cuisine maghrébine, qu’il soit cuisiné simplement avec des légumes ou avec de la viande ovine, son prix semble être un bon indice pour comparer le pouvoir d’achat entre les pays du Maghreb.

Ce qui est remarquable, c’est que malgré la plainte constante des Tunisiens des prix « exorbitants » des légumes et des fruits, le couscous aux légumes en Tunisie est le moins cher de tout le Maghreb en tenant compte du PIB par habitant. En revanche, c’est au Maroc qu’on trouve le couscous à la viande ovine le moins cher du Maghreb. Il est moins cher que celui en Tunisie de près de 20%. 

Cela est dû au coût prohibitif de la viande ovine. C’est en Libye que nous trouvons le couscous, tous types confondus, le plus cher du Maghreb. Par exemple, en prenant en compte le PIB par habitant, le couscous au poulet en Libye est plus cher de plus de 32% par rapport à celui du Maroc. Par ailleurs, nous avons constaté que plus le PIB du pays augmente plus le prix du plat en question augmente.

Théoriquement, le prix d'un bien devrait être le même partout dans le monde après l’avoir ajusté avec le taux de change. Si cela était vrai, le pouvoir d'achat serait le même dans tous les pays, ce qui n’est pas le cas. 

Ceci nous amène à la notion de parité du pouvoir d'achat (PPA) : un couscous à la viande ovine pour six personnes coûterait en Tunisie 29,47 TND, donc si nous convertissons les 29,47 TND en dinars libyens (DL) avec le taux de change officiel (1 DL = 1,701 TND) nous aurons un coût de 17,1490 DL pour le même plat en Libye.

Alors que réellement il coûte plus de 34 DL, ce qui permet de déduire que le dinar Libyen est nettement surévalué par rapport à la monnaie tunisienne et ce qui explique, en outre, la différence énorme entre le taux de change officiel (1DL = 1,701 TND) et celui pratiqué dans le marché parallèle (1DL =0,34 TND). En effet, lors de cette étude, nous avons conclu que le dinar libyen est surévalué par rapport à toutes les monnaies maghrébines.

Le couscous index permet de palier à certaines limites du Big Mac index, telles que la popularité et l’enracinement culturel. Par ailleurs, c’est un bien qui n’est pas échangeable et dont une partie de ces composants est subventionnée par les états. Et bien que la complexité du pouvoir d'achat, et par conséquent la détermination du taux de change réel, ne puisse pas être réduite au prix d’un plat, le couscous index offre un aperçu des problèmes économiques sous-jacents.

 

*Pour établir cette étude, nous nous sommes basés sur les données de références des marchés centraux de Tunis, Rabat, Tripoli, Alger et Nouakchott.

 **Le modèle du repas adopté est pour 6 personnes et est formé de carotte, oignon, courgette, tomate, pomme de terre, pois chiche, huile végétale et sans prise en compte du coût énergétique.

Salah Ayari



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