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Lamjed Boukhris : "L'augmentation de capital nous permettra de bien préparer l'entrée dans le capital d'un partenaire stratégique"

Par Omar El Oudi, le 15/12/2015
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Omar El Oudi

L'opération de démutualisation de la compagnie AMI Assurances, une première en Tunisie et dans le monde arabe, a permis, non seulement, de drainer plus de 80.000 souscripteurs, mais aussi l'entrée d'actionnaires privés permettant d'avoir une association inédite entre le secteur public le privé et l'UGTT.

Cette opération pourrait également permettre à l'Etat, qui détient via la BNA plus de 20% du capital de la compagnie de réaliser une plus value considérable.

De plus, l'assainissement financier de la compagnie ouvrira la porte à partir de 2016 à un partenariat stratégique avec une compagnie étrangère qui accompagnera AMI Assurances dans son nouveau plan de développement.

Pour en discuter, le directeur général de la compagnie AMI Assurances, Monsieur Lamjed Boukhris, nous a accueilli dans son bureau et nous a parlé ouvertement sur les ambitions de l'assureur.

Interview 

Après le succès qu'a connu l'opération de démutualisation de la compagnie, quels sont les objectifs escomptés de l'actuelle augmentation de capital de 33 MDT?

Avec la levée de fonds actuelle, les indicateurs de la compagnie seront, au terme de l'année en cours, conformes à la règlementation en vigueur, notamment, au niveau de la marge de solvabilité et de la représentation des provisions techniques dans les capitaux propres avant résultat.

S'agissant de la marge de solvabilité, les mesures prudentielles du Code des assurances consistent essentiellement à avoir un minimum de fonds propres soit égal à 20% du chiffre d'affaires soit à 25% du total des engagements de la société.

Ceci étant, outre l'augmentation de capital actuelle de 33 millions de dinars qui permettra à la compagnie d'être conforme aux ratios relatifs aux règles de prudence, nous avons entamé en 2013 une large opération d'assainissement du portefeuille clients concentré sur la branche automobile qui a été repris en 2003 d'une entreprise liquidée et qui a, également, été fortement sinistré.

Cependant, et malgré le grand effort fourni par la société pour restructurer et diversifier son portefeuille automobile, qui représentait, jusque-là, environ 90% de notre chiffre d'affaires, nous n'avons pas pu redresser la barre vu que nous ne pouvions pas étoffer notre portefeuille clients par des entreprises qui préféraient s'assurer plutôt chez des compagnies d'assurances que chez une mutuelle pénalisée, de plus, par une insuffisance de ses fonds propres. Donc la question qui se posait est comment faire pour lever des fonds, d'où la décision de la démutualisation de la société. 

Point de vue opérationnel, quelle stratégie de développement vous avez adopté ?  

Conjointement avec cette démutualisation, nous avons procédé à un nombre de mesures au sein de la compagnie touchant principalement les sinistres corporels fictifs qui se sont particulièrement multipliés ces cinq dernières années et nous avons notamment gagné plusieurs procès. Ces mesures nous ont permis de baisser  progressivement le taux de sinistralité à partir de 2014.

Par ailleurs, nous avons analysé la rentabilité de notre portefeuille client par agence et nous avons pris la décision, depuis fin 2013, de fermer deux agences qui sont fortement déficitaires dans des régions bien déterminées. Cette démarche s'inscrit notamment dans une logique de maitrise du risque de la branche automobile. Jusque-là, nous avons pu réussir à assainir relativement notre portefeuille mais il reste encore à faire.

Actuellement, AMI Assurances est la deuxième société sur le marché en termes de chiffre d'affaires automobile et quatrième au niveau du chiffre d'affaires global.

A la lumière des réalisations de 2014 et 2015, nous avons mis en place une nouvelle stratégie de développement visant l'amélioration de notre performance et positionnement pour la période allant de 2015 à 2019 et on devrait réaliser des résultats bien au dessus de ceux qu’on avait présenté dans le Business Plan lors de l’opération de démutualisation en 2014.

À la veille de la décision de l’AGE, le prix de l’action sur le marché était au-dessus de 15 DT, ne croyez-vous pas que l’augmentation de capital aurait pu être proposée à un prix d’émission plus élevé ? (prix d’émission : 6,250 Dinars)

Le prix d'émission a été fixé après de longues discussions au niveau du Conseil d'administration sachant que l'évaluation a fait ressortir un prix d’émission bien au dessus, mais décider de proposer un prix d’émission bien inférieur pour encourager les petits souscripteurs (environ 80.000 actionnaires) à participer à l'opération. Il faut savoir, également, que ces derniers détiennent déjà prés de 45% du capital de la compagnie.

Par ailleurs, je ne pense pas que le cours de l'action en bourse va baisser après l’opération étant donné que le plan de développement de la société n'est pas encore achevé. Et en tant que gestionnaire de l'entreprise, le plus important est la rentabilité et la croissance de la compagnie, ensuite on laisse le marché boursier juger du prix de l'action.

Parmi les objectifs de cette augmentation de capital est de doter l’entreprise de moyens lui permettant de mieux préparer l’association avec un partenaire stratégique ; quel serait le taux d’ouverture du capital ? 

Incontestablement, la démutualisation de la compagnie et l’augmentation de capital nous permettent de renforcer nos fonds propres et de se conformer à la règlementation en vigueur, mais ce n'est qu'une partie de nos objectifs escomptés dont le principal est de s'associer à un partenaire stratégique qui devrait apporter une grande valeur ajoutée à l'activité d'AMI Assurances.

Cette valeur ajoutée concernera principalement la mise en place d'une nouvelle politique de négociation des contrats, d'une nouvelle stratégie commerciale, de ressources humaines, mais également consolider la notoriété d’Assurances AMI.

Je tiens également à préciser que nous sommes convaincus que le nouveau partenaire devrait avoir une participation considérable dans le capital de la société et c'est pour cette raison que le Conseil d'administration a décidé de lui réserver une part de 35%.

Ainsi, nous comptons lancer, début 2016, un appel à manifestation d'intérêt pour identifier et sélectionner le nouveau partenaire avant la fin du premier semestre. Pour finir, je vous annonce qu'on a déjà eu des demandes de la part de quelques compagnies d’assurances et de réassurances européennes. 



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